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23 septembre 2009 3 23 /09 /septembre /2009 21:22

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J'avais écrit ce texte suite à la tempête qui avait en quelques heures ravagé le Sud-Ouest au mois de janvier dernier.

Ma première rencontre avec les éléments déchaînés eut lieu un bel été à Capbreton. J’avais 13 ou 14 ans. L’adolescence. Un bel été s'annonçait avec l’attente de belles rencontres. La plage. Le soleil. Le camping. Tous les ingrédients pour l’ado que j’étais pour une recette de belles vacances. Le coup de foudre espéré fut pourtant autre chose qu’une banale rencontre avec un petit ado tout boutonneux.Le coup de foudre qui m'assaillit cet été-là fut vraiment un coup de force de la nature auquel jamais auparavant je n’avais été confrontée.

La trouille de ma vie ! Enfin celle de ma vie à ses débuts, car depuis j'ai eu bien d'autres trouilles. Mais voilà encore un sujet qui mériterait d'être développé. Les trouilles. Les trouilles des uns, des autres. Matière à dire, matière à discuter.

Bref. Pour aujourd'hui je développe ma trouille de cet été dont j'ai oublié l'année.

Sur la plage je regardais monter depuis l’océan un orage terrible. Subjuguée. Les gens autour de moi commençaient à lever le camp. Moi je restais, figée à admirer un orage dans toute sa splendeur. Pour une fois que je pouvais en profiter !  Ma mère effrayée par les orages me faisait toujours la guerre quand je voulais rester dehors "pour voir".

La cousine qui m'accompagnait appréciait le spectacle elle-aussi, nous n'étions pas pressées de bouger. Un front noir montait, zébré par des éclairs dont je me souviens encore de l’éclat, des éclairs qui tombaient sur l’océan que l'on voyait littéralement se soulever, au fond, vers l'horizon, sous les assauts d'un vent qu'on ne faisait encore que deviner sur la plage. Le ciel prenait les couleurs de la nuit. Un spectacle d’une beauté phénoménale dont je ne pouvais pas me détacher. Il a fallu que le vent commence à se déchaîner pour que je prenne enfin la mesure de ce qui allait nous tomber dessus et à réaliser l’ampleur de ce qui avançait.

Alors comme les autres, je saisis ma serviette de bain et tournai le dos à la plage pour rejoindre le camping de l’autre côté de la dune. J’ai encore en mémoire le bruit de l'orage maintenant au-dessus de nos têtes, la force du vent qui m’envoyait dans le dos les grains de sable qui me blessaient cruellement alors que j’escaladais la dune, les cris des gens paniqués. Il y eut aussi ces deux petites filles séparées de leurs parents que je recueillis en route pour les aider à avancer. On ne distinguait plus rien, ni personne. Nous étions à cet instant des animaux fuyant devant le danger. La panique. Et en même temps mille idées qui vous traversent l’esprit. J’étais à l’âge où l’on se fait encore des films à défaut de maîtriser tous les paramètres de ce déchaînement de la nature.

Avec du recul je sais que les adultes qui passaient autour de moi comme des ombres en criant ne maîtrisaient rien de plus. Dans ces moments-là les émotions effacent toute tentative de l’intellect à expliquer quoique ce soit.

Le passage de la dune fut très pénible, surtout très douloureux pour toutes les parties de mon corps généreusement exposées au fouet d’Eole aidé dans son travail de sape par le sable. L’avancée certes fut rapide car le vent nous poussait, nous soulevait. Tous nous avancions. Mais on ne savait même pas vers exactement vers où, vers quoi, même si nous prenions instinctivement la direction du camping. Cela s'appelle textuellement, fuir devant le danger. Je réalisais tout en me laissant porter qu’il n’était pas nécessaire d’essayer de trouver refuge sous la toile de tente.

Aussitôt la dune passée, j’entraînais avec moi les deux petites filles vers le bloc de béton des sanitaires. Seul endroit qui ressemblait à un refuge. Nous n’étions pas les seules dans l’endroit. Précaire certes, mais qui offrait tout de même un peu d’abri en contrebas de la dune alors que la tempête continuait sa route au-dessus de nous dans un fracas épouvantable. Il devait être quatre ou cinq heures de l’après-midi mais tout était plongé dans une totale obscurité.

La pluie tambourinait sur les éverites. Des sirènes de pompiers se rapprochaient. Des lumières de forte puissance sans doute alimentées par des groupes électrogènes ont soudain éclairé le camping. Dévasté. Toiles de tente arrachées. Caravanes et voitures retournées. Le bruit. Aujourd'hui je me souviens encore des bruits. Des images aussi. Tous les sens à cet instant se trouvaient exacerbés gravant à jamais dans ma mémoire ces instants intenses.

Ce jour-là, on devait être en juillet ou début août, je ne sais plus quelle année exactement, c’était pour moi l’été qui séparait mon année de cinquième et celle de ma quatrième. Cette expérience fut pour moi comme une initiation à ce que pouvait être la fin du monde. Un face à face avec les éléments. La découverte brutale des forces que la nature est capable de développer.

Je ne regrette pas d’avoir vécu cela.  J’en ai gardé, et j’en garde encore un souvenir à la fois terrible mais captivant. Cela m’a grandie encore plus dans ce respect que j’avais dans cette Nature et tout ses composants qui ne sont pas les nôtres, que nous humains, nous ne maîtriserons jamais et que nous nous devons de respecter.

Quand en  1999, en cette soirée de décembre sur le coup des 17h le vent a commencé à souffler en rafales sur la Charente, curieusement j’ai tout de suite senti ce qui allait arriver. Je n’avais en tête que ce mot « Capbreton ». J’en étais sûre. Je le sentais. Même atmosphère. Même pression.  Je suis aussitôt partie à la recherche de mes filles parties en balade dans le village. Elles n'ont tout d'abord pas très bien compris ce que je leur expliquais mais je les ai toutefois convaincues de rentrer vite à la maison. J’ai mis à l’abri tout ce qui pouvait présenter un risque autour de la maison.

Autour de moi, on a ri. On s'est moqué gentiment de ma peur et de ma précipitation. Peur j’avais oui, car je ne savais pas vraiment quelle tournure allait prendre la terrible tempête qui allait s'abattre sur nous, mais je savais pour l’avoir vécu jusqu’à quel point le vent pouvait se déchaîner. Je sentais qu’il allait se produire quelque chose de grand, de fort, qui allait nous dépasser. Alors je ne vais pas le cacher. Peur certainement. Mais ma peur je la raisonnais. Elle m’obligeait à prendre des précautions simples, élémentaires. Pour le reste je ne pense pas être particulièrement froussarde et le vent je l’aime aussi.

La tempête fut ce que l’on sait. Heureusement les êtres qui m’étaient chers étaient tous à l’abri à mes côtés,  et je savais les murs de la maison suffisamment solides pour me protéger. Je mettais plus de doute dans la stabilité du toit et surtout dans celle des baies vitrées qui derrière les volets roulants jouaient au pousse-pousse vers l’intérieur . On rit encore de moi quand je fis glisser le canapé contre celles-ci pour éviter l’explosion et encore sur le coup des 21 h quand je parlais des conséquences possibles.  J’exigeai que tout le monde reste éveillé pour parer à d’éventuels conséquences qui nous obligeraient à nous réfugier ailleurs. Je dis qu’il fallait prévoir de descendre à la cave si le toit venait qu’à prendre le large.

Le temps avançait dans un fracas épouvantable, autour de moi on réalisait enfin. Les bruits à l’extérieur ne laissaient aucun doute sur ce qui se passait. Les tôles, les tuiles qui s’envolaient. Des bruits sourds. Des bruits de chutes et de chocs. Mais là,  je n'avais plus peur. Je savais qu'il suffisait juste d'attendre. Attendre que cela passe. On ne pouvait rien faire de plus. Quoiqu'il arrive il faudrait se contenter de subir et de s'organiser au mieux pour y remédier. C'est tout. On a dû finir par se coucher sur le coup des 1h du matin. Je ne sais plus très bien. Au réveil on ne put que constater les dégâts de ce qui avait été, non pas une simple tornade mais un ouragan. Un immense ouragan qui en quelques heures avait déferlé et ravagé tout l'ouest de l'Europe. Triste spectacle. C’est vrai. Mais je n’avais pas envie d’en pleurer. La nature avait montré dans sa plus grande cruauté de quelle force elle était capable.

Les gens se sont organisés pour faire face dans l’urgence aux conséquences. Les paysages ont pris d’autres visages.

Janvier 2009. Neuf ans après. Les médias avaient suffisamment prévenu pour que chacun prenne ses dispositions.Les premières rafales sont arrivées. J’ai senti tout de suite que la Charente serait relativement épargnée. Je ne saurais pas expliquer pourquoi j'ai eu ce sentiment. Peut-être depuis ce mois de juillet de mon adolescence le vent s'était-il inscrit en moi ? 

L’Aquitaine a été fort touchée. Et les conséquences de ce nouvel ouragan ne seront pas que temporaires. Il faudra des années pour que les cicatrices s’effacent. La nature en a décidé ainsi. Nous sommes peu de choses nous les humains sur cette petite planète bleue. Il nous reste nos impressions et nos instincts de survie pour continuer à naviguer sur ce vaisseau. Car les premiers touchés, le premier exposé, ce n’est pas nous, mais lui. Elle, la terre indissociable des éléments qui depuis la nuit des temps l’ont modelée pour donner l’opportunité au genre humain d’y passer.

Je ne suis ni peureuse, ni fataliste et je compatis avec les gens qui sont aujourd'hui dans le désarroi.Mais je ne peux m'empêcher de penser que des événements comme ceux-ci ramènent l'humain dans la dimension qu'est la sienne.
Il serait bon que beaucoup de ces humains, de ceux qui croient pouvoir tout maîtriser en prennent conscience. Et vite. Avant que d'autres tempêtes encore plus cruelles fassent de notre vaisseau, un vaisseau fantôme.

 

blog sudouest 27-01-09

 

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