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23 septembre 2009 3 23 /09 /septembre /2009 21:36

hirondelle, conte, Chauvigny, Châtellerault, Vienne, Dubois, voyage, Poitou-Charentes

Les contes de Noël ne manquent pas, pour la plupart récits de tradition populaire adaptés par les auteurs tels Perrrault, les frères Grimm et surtout Andersen avec le Petit Sapin et  la Petite fille aux allumettes . Toutefois, j'ai du mal à retrouver dans les contes de mon enfance un conte que l'on dirait "de Pâques". Manque un tantinet curieux alors que le printemps se devrait d'être une  source d'inspiration bien plus intéressante encore que l'hiver.

L'idée m'est venue dans un premier temps  d'imaginer un récit,  mais j'aurais dû y réfléchir avant pour imaginer une belle histoire qui sorte des clichés lapins-poules-cloches un peu trop enfantins. Peut-être d'ici l'an prochain une histoire aura-t-elle pris forme. En attendant je vais me contenter même si ce n'est pas dans mon habitude, de faire un copié-collé d'un auteur que je découvre via le net. Il s'agit d'A. Dubois, qui m'est totalement inconnu, il nous raconte dans un ouvrage apparemment épuisé : Le voyage d'une hirondelle. La prose est agréable et on peut trouver à l'histoire quelque allure d' un conte de Pâques. 

Le voyageur qui va de Chauvigny à Châtellerault, en suivant la belle route tracée sur la rive droite de la Vienne, aperçoit sur la rive gauche, à environ six kilomètres de la première de ces localités, un vieux clocher couvert d'ardoises, dont la pointe se montre à travers le feuillage des grands peupliers. Un peu plus loin, toujours sur la rive gauche, adossé à un coteau dominant la rivière, se dresse un vieux manoir dont le donjon et les hautes tours sont constamment entourés, pendant la belle saison, de vols nombreux d'hirondelles et de martinets. 

Le clocher marque le centre d'un bourg tranquille, caché entre des collines boisées et les rives verdoyantes de la Vienne. Là, c'est encore la vraie campagne, où l'écho n'a jamais répété les notes stridentes du sifflet d'une locomotive.

C'est entre le clocher et les tours du château, dans cet espace restreint de moins de deux kilomètres, que s'est écoulée la première partie de mon existence, période heureuse de ma vie où les insectes, l'air pur, l'eau limpide, les promenades à l'abri de l'aile maternelle, les assauts de vitesse avec mes sœurs, suffisaient à mon ambition.

J'appartiens à l'espèce dite hirondelle de cheminée, hirondelle domestique ; bien qu'on nous appelle aussi hirondelles de ville, nous nous plaisons davantage à la campagne, et la dénomination d'hirondelles rustiques est peut-être celle qui nous convient le mieux.

Mes parents avaient établi leur nid sous un hangar, appuyé contre une maison de modeste apparence, proprette et confortable, dont les habitants, bons et humains, étaient de ceux qui croient que notre présence porte bonheur: Après mon père et ma mère, ce furent ces braves gens qui me prodiguèrent les premières caresses.

Notre nid, que tout le monde connaît, diffère de celui des autres espèces d'hirondelles : Il est fait d'une maçonnerie composée de petites bouchées de vase ou de terre grasse ; ces moellons minuscules sont enduits de notre salive et agglutinés les uns aux autres.

Des poils, des tiges d'herbe, de fines racines, des brins de paille enchevêtrés contribuent à en consolider les parois ; mais, c'est surtout notre salive qui cimente les éléments dont il est composé.

Lorsque le temps est beau, lorsque la sécheresse n'est pas trop grande, huit jours suffisent pour achever notre travail, qui ne devient parfait que lorsque l'intérieur a été tapissé de tiges fines, de poils, de plumes et d'autres matériaux formant un matelas élastique sur lequel les oeufs et les petits reposent chaudement et mollement.

Nous plaçons indifféremment nos petites demeures dans l'intérieur des maisons, sous les corniches, dans les écuries, les greniers, les chambres inhabitées, les cheminées où l'on ne fait pas de feu, l'embrasure des fenêtres, et toujours dans une position telle que, bien couvertes par le haut, elles se trouvent à l'abri de la pluie et du vent.

Elles affectent la forme d'une moitié de coupe ou d'un quart de sphère ; mais nous savons, au besoin, en modifier la structure, suivant l'endroit où elles sont construites.

Le nid dans lequel je suis née était accolé contre la solive principale du hangar, à l'exposition (lu soleil levant ; il avait environ vingt-deux centimètres de diamètre et onze centimètres de profondeur ; mes quatre sœurs et moi nous y étions à l'aise, et il restait assez de place pour que nos parents vinssent nous réchauffer de leurs plumes pour nous préserver du froid de la nuit.

Aujourd'hui, l'expérience m'a appris ce que coûte à une mère le berceau de ses petits ! Je sais combien de peines et de fatigues sont réservées à la couveuse jusqu'au moment où les premiers cris des oisillons lui imposent de nouveaux devoirs.

Il faut pourvoir à la nourriture de la petite famille, et poursuivre sans relâche le gibier bourdonnant que le printemps a fait éclore : Mouches et moucherons, cousins et tipules qui dansent au-dessus des mares pour célébrer la fête du printemps ; tourniquets rapides qui fuient comme une vision en traçant à la surface des eaux tranquilles leurs cercles capricieux, papillons amis des fleurs, brillants coléoptères forment tour à tour les repas de nos petits affamés.

J'étais la plus forte de la nichée, peut-être aussi la plus turbulente, et je n'avais pas plus de huit jours quand, me faisant un piédestal de mes sœurs, malgré leurs plaintes, je me hasardai à plonger mes regards au-dessous du nid.

Je fus promptement familiarisée avec les objets qui encombraient le hangar : Des harnais suspendus à des piquets enfoncés dans la muraille, une cuve pour la lessive, quelques futailles vides, des instruments de jardinage, une charrue légère, une petite charrette qui servait pendant la semaine à transporter les récoltes, et, les jours de marché, quelquefois le dimanche, à conduire le maître, la maîtresse ou quelques-uns des enfants à la ville voisine.

Mais ce n'est pas tout : Dans un coin du hangar se trouvait un tas de bois sur lequel était souvent étendu un animal étrange, dont les yeux brillants se portaient vers notre nid avec une expression les plus singulière. Malgré mon inexpérience, je devinai un ennemi, et mes parents m'apprirent, en effet, que cet animal était un chat, dont un seul coup de griffes suffirait pour me mettre à mort. Nous promîmes, mes sœurs et moi, d'être prudentes, et de ne pas nous exposer à la dent du monstre qui faisait le gros dos, et qui, sans nous perdre du regard, affectait de prendre les attitudes les plus innocentes.

De temps en temps, l'un des fils de la maison, gros garçon de dix-huit ans, à la physionomie douce et intelligente, amenait sous le hangar un petit cheval qu'il étrillait, brossait, et attelait à la charrette, après l'avoir recouvert des harnais dont il avait le plus grand soin.

Chacune de ces visites était marquée par un supplément de nourriture: Nous ne manquions jamais de saluer par de petits cris l'arrivée de notre jeune ami, qui s'empressait de nous faire la distribution des mouches dont il s'était pourvu, et que nous acceptions de sa main sans la moindre hésitation.

Du reste, notre table était abondamment servie : Mouches, moucherons, papillons, petits coléoptères nous étaient apportés à chaque minute par nos parents, et ce régime activa notre croissance, qui fut très rapide.

Un matin, nous avions alors quinze jours, et de longs duvets sortaient au travers de nos plumes, je folâtrais au bord du nid avec une de mes sœurs : Nos gazouillements et nos ébats avaient attiré l'attention du chat, qui, sans en avoir l'air, nous regardait sournoisement en dessous, sans cesser de lisser sa fourrure au moyen de sa langue rugueuse.

Tout à coup un mouvement plus brusque nous fit perdre l'équilibre, et nos ailes, encore trop faibles, ne purent que ralentir notre chute.

Prompt comme l'éclair, le chat fut sur nous d'un bond ? ... Mais au lieu des griffes aiguës dont il me semblait déjà recevoir les atteintes, je sentis une main qui me pressait doucement et qui bientôt me déposa dans le nid, en même temps que ma sœur, comme moi plus morte que vive.

C'était notre jeune ami qu'une circonstance heureuse avait amené sous le hangar, d'où il s'empressa de chasser le chat désappointé.

De loin, notre mère avait été témoin de notre chute : Elle arriva à tire-d'aile et nous renouvela ses recommandations, que nous avions un instant oubliées. Son inquiétude et ses cris d'angoisse nous impressionnèrent plus encore que le danger que nous avions couru.

"LES VOYAGES DUNE HIRONDELLE"

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