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5 mai 2009 2 05 /05 /mai /2009 21:46

Vienne, Blourde, fadets, farfadets, topoguide, circuit, pédestre, grottes, lutins, imaginaire, bestiaire, balade, 

A défaut de développer aujourd’hui quelque état d’âme de correspondante je vais vous conter ma journée du premier mai. J’en conviens l’info n’est plus de la première fraîcheur, mais à ma décharge, après une première semaine de vacances plutôt sportive, un premier mai très chaud pour mes pieds et pour finir un après-midi peinture et ravalement, mes muscles, malgré l’huile de gaulthérie sensée les revigorer , et mes neurones migraineux soignés à grand renfort d’efféralgan et autre triptan, commencent tout juste à faire surface. Vous avez donc ici la primeur de ma remise de pieds à l’étrier de mon clavier.

L'histoire commence ainsi :

« Les fadets ou farfadets, sortes de lutins au corps difforme, vivaient dans les nombreuses grottes creusées dans les falaises surplombant la Vienne ».

ça, c’est le « topoguide de la Vienne à pied » qui le dit en introduction  du circuit pédestre « Entre Vienne et Blourde ».

Le topoguide !  Les topoguides et leurs circuits fléchés, parfaitement balisés en rouge, en blanc, en jaune, en bleu, en vert ! Des parcours mesurés et chronométrés au kilomètres près.

Les topoguides ! Vous, je ne sais pas,  mais moi j’ai toujours du mal avec eux.

Les topoguides et moi nous n’avons probablement pas les mêmes valeurs. Quels que soient les topoguides. Je les ai tous essayés. Les topoguides « circuits à vélo », les topoguides « circuits à pied », les dépliants distribués pour les circuits en canoë… Curieusement, les distances qu’ils indiquent sont chez moi toujours rallongées de plusieurs kilomètres. Quant aux durées, n’en parlons pas ! Je dépasse allègrement d’une, de deux, voire de trois heures les estimations affichées.

Cette fois-ci, c’est ma cousine Jacqueline qui organisait. Elle m’avait aimablement invitée à me joindre à un petit groupe de ses amis histoire de dégourdir mes jambes et passer une agréable journée.  

Je n’avais donc pas de souci à me faire. Elle connaissait bien sa région. Elle avait tout prévu, même une séance de relaxation à mi-parcours. Le petit dépliant qu’elle avait pris la peine d’imprimer en tenant compte des données du fameux topoguide, indiquait un circuit de 10 km, réalisable en trois heures et de difficulté « facile ». 

La rencontre avec les fadets et la promesse d’une journée sympathique finirent de me décider, même si le bulletin météo ne laissait guère place à l’optimisme. Kway et chapeau de pluie seraient de rigueur, mais ni la bonne humeur ni le courage n'ont que faire des intempéries.

Premier rendez-vous à 9h chez Jacqueline avant le rassemblement à Moussac avec  les autres participants, pour un départ prévu à dix heures pétantes.

De quart d’heure charentais en quart d’heure poitevin, nous arrivons avec une bonne demi-heure de retard sur la place de l'église. La douzaine est au complet.

La petite troupe prend le départ. D’un bon pas. Sur le macadam l’avancée est facile. Nous restons groupés. Une première bifurcation nous entraîne sur les chemins tranquilles le long desquels le groupe va s’égrainer selon le rythme de chacun jusqu’à l’approche de midi. La faim qui fait sortir le loup du bois rassemble aussi les randonneurs dans le sentier et nous nous mîmes assez vite d’accord sur un endroit propice aux agapes. La moitié du parcours était quasiment effectuée. Cinq kilomètres donc. Cinq kilomètres en une heure trois quarts environ. La longueur semblait correcte, la durée aussi.

L’appétit fut bon. Entre deux bouchées de pain de mie,  les rires ne manquaient pas.

Les estomacs bien remontés, les talons légers, nous repartons.

Les paysages sont verdoyants. Les oiseaux chantent. Buccole, buccolons. 

Mais de fadets point ! A moins que dans la fourche de cet arbre aux gros bras, à moins que dans le creux de ce fossé herbu, à moins que derrière ce tas de bois … Nous aurions bien dû nous méfier.

Nous quittons la route pour emprunter les berges de Vienne. Nous nous félicitons de voir l’herbe du chemin fraîchement coupée, ce qui facilite le passage. Il est temps de se relaxer. L’occasion de quitter chaussures et chaussettes ce qui donne à certaines l’occasion de constater que si l’estomac n’est plus dans les talons les ampoules commencent à éclairer les orteils. 

« Laissez votre corps peser de tout son poids, s’enfoncer dans le sol … »

Je m’enfonce, je m’enfonce. Au point de m’endormir. La relaxation et moi c'est en général plus synchro que les topoguides et moi.

Le soleil cogne au maximum. Il doit d’ailleurs être pile midi à son heure. Le chapeau de pluie s’avère finalement fort utile pour protéger mon visage des rayons qui ont succédé à l’humidité du matin.

Relaxés et rayonnants, il faut bien se lever. Pour repartir. Le sentier remonte vers la route. Un panneau nous indique qu’il faut redescendre à nouveau vers les berges de la Vienne en crue. Mais voilà que le chemin se termine en cul de sac. La pancarte aurait-elle été tournée ?  détournée par un de ces facétieux fadets ? Il faut se rendre à l’évidence. La direction n’est pas la bonne. Il faut remonter sur la route. Le soleil cogne maintenant vraiment très fort réactivant par une alchimie mystérieuse les ampoules sous les pieds pour certaines et annonçant sous mon crâne un orage que je ne connais que trop bien.

La route croise un chemin rectiligne qui laisse deviner une ancienne voie ferrée. Le plan du topoguide est trop succinct. Impossible d’y reconnaître cette portion. Nous suivons le tracé des voies aujourd’hui disparues en nous orientant au pif, pifs cruellement cramoisis pour la plupart. 

Le chemin par chance se fait de plus en plus ombragé. La Vienne est maintenant en contrebas. L’ombre et la fraîcheur nous revigorent. Heureusement. Le trajet semble s’éterniser. Douloureusement. Chacun dans sa tête doit faire le compte des kilomètres mais personne ne pipe mot. Histoire de ne pas paraître ou trop idiot, ou trop honteusement fatigué. Le groupe s’est à nouveau scindé. On marche, on discute par deux ou trois. De choses et d’autres. Comme ça, l’air de rien. N’empêche que moi je les trouve longs les dix kilomètres.

Quatre coups sonnent au clocher d’un village. Moussac sans doute. Clocher que nous apercevons enfin, dix bonnes minutes après, par  delà les grands arbres. Il nous faut reprendre la route macadamée que nous avions quittée le matin. Derniers mètres. Les ampoules sont à leur maximum. Les épaules sont moulues. Les cerveaux bouillonnants.

Les voitures ! La glacière ! Notre chef d'expédition avait prévu boissons et petits gâteaux.  Les visages sont fatigués. Les estomacs pas vraiment dans les talons mais ces quelques douceurs font l'effet d'un réconfort à vous tirer des larmes de plaisir.

Deux jours sont passés. Malgré les ampoules et les moulures j'ai encore trouvé  le samedi l'énergie pour faire des travaux de peinture.

Dimanche après-midi. Je débarrasse enfin le coffre de la voiture !

Entre mon chapeau de pluie, quelques feuilles de sopalin, mes chaussures de marche, je trouve devinez quoi ? le topoguide de ma cousine ! La Vienne ... à pied, celui qui indique page 81 : Entre Vienne et Blourde :  3h – 10 km- facile -

Un coup de fil à la propriétaire pour l’ informer de la trouvaille.

« - Au fait tu sais quoi ? me dit-elle

- non

- Mon ami a regardé sur une carte IGN

- Oui

- On n’a pas fait dix kilomètres

- Non

- Tu sais combien ?

Oh, punaise, pensai-je à cet instant ... on s'est tapés au moins 15 bornes ... j'en étais sûre, j'en étais sûre ... stoïque, je ne dis rien. J'attends la suite.

Tiens-toi bien, renchérit-elle, on a fait 17 kilomètres ! »

Dix-sept ! oh, punaise ! 17 bornes ! alors là, pire que tout ! pire que tous les suppléments que j’aie pu, seule, m’infliger. Sept kilomètres en plus. Presque le double ! Et Jacqueline d’expliquer : la Vienne en crue, le chemin de randonnée qui disparait sous les eaux... et le détour, le détour de sept kilomètres.

Oh, punaise de topoguide qui a eu l’outrecuidance de rester caché dans mon coffre !   Demain je te mets dans la boîte aux lettres direction : La Vienne ... par la poste.  J’espère seulement que tu ne vas pas aller faire le détour par Libourne pour remonter en Vienne. Histoire que tu arrives à temps chez Jacqueline au cas où elle voudrait, en ce beau week-end du 8 mai qui s'annonce, organiser une nouvelle marche pour quelques autres de ses amis.

blog sudouest 05-05-09

 

 

Fades de mai, cliquez ici

 


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