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23 novembre 2009 1 23 /11 /novembre /2009 14:50

 

Chacun a eu sa première fois, sa première dent, sa première danse, sa première maîtresse, sa première chemise. C'est d'ailleurs cette dernière qui fait en premier les frais de notre ingratitude quand un jour on décide de tourner la page, prendre le large, ou simplement faire fi d'une chose insignifiante à nos yeux . Qui n’a pas dit un jour : « Je m’en fous comme de ma première chemise » ?
Moi, j’ai eu un jour ma première machine. Ma première machine à écrire, veux-je dire ! La première et la dernière d’ailleurs. Je n’en ai une qu’une seule et je réalise aujourd'hui à regrets que j'ai mis à la poubelle la photo-souvenir de son arrivée dans ma vie. Vous savez, une de ces bêtes photos que l’on prend lors des  graanndes occasions. La photo sur laquelle vous posez, bien droite, le sourire figé, les bras le long du corps et sur laquelle, histoire de paraître moins bête, vous vous faites accompagner d’un petit frère, d’une petite sœur, ou toute autre personne prête à faire figure … de figurant. 

Je me revois sur ce petit bout de papier glacé qui a traîné longtemps au fond d'une boîte parmi les photos de mon adolescence. Ma cousine avait accepté de poser à mes côtés, et nous étions là, toutes les deux, collées contre la table de la salle à manger sur laquelle j’avais pris soin d'installer la machine à écrire déposée le matin-même au pied du sapin de Noël, qui trônait en arrière plan de la photo. La photo noir et blanc, format 9X9 faisait partie des ramasse-poussière et autres âcries comme on dit en Charente qui vous embarrassent l’espace et l'esprit. space and spirit, et comme la première chemise elle a filé un jour dans la poubelle.

Il me reste encore le souvenir, non pas du moment, mais de la photo. Je ne sais si ce souvenir restera gravé longtemps car j’ai une fâcheuse tendance à faire le tri aussi dans les tiroirs de mon cerveau. D’ailleurs, la date exacte, je l’avais oubliée. Malgré les calculs à rebours auxquels je m'essayai vainement pendant presque un quart d'heure je ne parvenais pas à retrouver l'année.
C'est en fouillant dans mes archives scolaires (que je n'ai pas encore eu le coeur à déblayer) que je retrouve le "livret scolaire pour l’examen du baccalauréat" qui me donne la date de mon entrée en seconde et par là-même l'année d'adoption de la petite Olivêtttti. 1972 !
 Ça fait un sacré bail quand même. Calcul rapide … cela fait effectivement : trente-sept ans !Trente-sept  ans. Mon Olivêttti aura trente-sept années de maison à Noël prochain.

Je savais qu’elle coûtait, cette jolie petite machine, bien des heures supplémentaires de couture à la tante qui m’élevait. Heures très matinales, puisque bien souvent c’était sur le coup des quatre heures du matin que commençait la journée de l’habile couturière. C’était d’ailleurs à ce métier de couturière que l’on me destinait et si j’ai échappé à l’apprentissage que l'on voulait m'imposer à ma sortie du collège ce ne fut que parce que mes notes, somme toute acceptables, avaient  incité mes professeurs  à préférer pour moi une orientation en seconde conduisant à un bac B (économie).   Français, math et économie étaient au programme et l'on proposait en option, entre midi et deux, des cours de dactylo. Histoire d’occuper mon temps libre de pensionnaire, histoire aussi de préparer une éventuelle réorientation vers le secrétariat je m’inscrivis à ces cours. 

Je viens de mettre récemment à la poubelle toutes les feuilles que j’avais gardées dans un tiroir sur lesquelles on pouvait lire des lignes entières de mots alignés, des dizaines de fois répétés, histoire de nous entraîner à pianoter rapidement et sans regarder le clavier, histoire aussi de muscler nos phalanges car les touches fermes et solides des machines des années 70 demandaient littéralement à être frappées pour obtempérer. Rien à voir avec celle d’un clavier de pc sur lesquelles il suffit de pianoter allègrement.
Ce fut donc pour me permettre de m'entraîner à la maison que l'on m'offrit la fameuse Olivêttti.  A vrai dire l’exercice me plaisait assez même si je me voyais pas poursuivre dans la voie du  secrétariat. Puisque j’avais échappé au destin de couturière,  je caressais encore l’espoir d’autres orientations. Le journalisme et l’enseignement me plaisaient assez, mais mon année de seconde me fit prendre conscience que le journalisme, pour lequel ce bac B semblait le plus approprié, ne me convenait pas. Je n'accrochais pas suffisamment avec l'économie et la politique. Je  leur préférais, de loin,la littérature et les langues vivantes. Mes professeurs, de mon avis, m'orientèrent l'année suivante en première A (littéraire).

Je ne dédaignais pas pour autant la petite machine même si celle-ci devenait plus un accessoire plus qu’un véritable outil.  Le demi-sommeil dura quelques années.  A la sortie de terminale la réussite au concours d’institutrice me fit oublier l’option journalisme et l'entraînement dactylographique passa au quatrième ou cinquième plan. Lorsque que quelques années plus tard, je me trouvai à enseigner en primaire, la petite machine reprit du service. Elle se révéla alors bien pratique pour préparer les exercices et les leçons destinés aux élèves. J'utilisais pour cela  des feuilles spéciales qu’il fallait passer à la machine à alcool pour tirer les exemplaires nécessaires pour une classe.

Utile aussi l'Olivêttti  pour rédiger quelques documents administratifs nécessaires à l'école.

Et puis, un jour de 1981 on me proposa de collaborer aux journaux en tant que correspondante de presse. C’était à l’époque chose fréquente que de solliciter les enseignants pour cette mission. Ce fut pour la petite Olivêtti  l’heure de la renaissance.

La plupart de mes collègues rédigeaient leurs articles à la main. Travail fastidieux à la fois pour eux, mais également pour les rédacteurs et les clavistes, lesquels, je suppose devaient bien des fois s’arracher les yeux pour déchiffrer. J’appréciai à ce moment, la formation acquise pendant mon année de seconde au lycée Marguerite de Valois, et la petite machine, à n'en pas douter, apprécia elle aussi la reprise du service. Elle trônait à longueur de journée sur la table de la salle à manger, toujours prête à se mettre à l'ouvrage.

J'hésitai un temps à la remplacer par une machine électrique aux touches moins dures, plus silencieuse, plus rapide. Pourtant je ne me décidai jamais à me moderniser. Je n’avais à l’époque que ma petite commune à couvrir et l’Olivêttti suffisait largement à la tâche.

Mes filles s’étaient pendant ce temps prises d’affection pour elle, et elles aimaient l'utiliser pour taper du courrier, des poèmes, des exposés. La petite machine n’avait jamais le temps de s’ennuyer. Quand un jour de décembre 1998, on me proposa  de couvrir un secteur plus important pour le journal Sud-Ouest avec le suivi de plusieurs communes il fallut bien se décider à troquer la machine pour un ordinateur. La petite Olivêttti retourna dans sa boîte que je gardai encore pendant quelque temps sur un coin du bureau « au cas où … ».

Elle monta l’année suivante un peu plus haut sur une étagère avec les objets moins utilisés.  Et puis, en septembre 2007 elle prit l’air, un petit peu … juste le temps … d’une photo, accompagnée de quelques vieux accessoires qui avaient accompagné mes premiers pas de correspondante : appareil photo, pellicules, boîte à développement ... tout un matériel devenu lui aussi obsolète. Une photo qui se retrouva en bannière de mon blog, juste un tout petit peu plus haut, là, vous voyez ?


Aujourd’hui, la petite machine coule ses jours tranquilles dans un placard du garage. Elle ne tape plus les articles, mais je suis sûre qu'elle a plein de choses à raconter aux  livres et aux cahiers entreposés à ses côtés. 

Ma première dent ? ...oubliée et je n'en veux plus à la souris qui me l'a piquée.

Ma première chemise ? ...vous vous en fichez tout comme moi. 

Ma première danse ? ... oubliée. Quelqu'un ici s'en souvient ? Vraiment ? Merci  alors de vous faire connaître. 

Ma première maîtresse ? ... je crois que je m'en souviens encore. Et vous ? (je veux dire la vôtre de maîtresse, évidemment, pas la mienne)

Ma première machine à écrire ...vous en savez sur elle maintenant presqu'autant que moi.

Photo-057.jpg

 

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commentaires

sister for ever 01/02/2011 18:35



Solange.... te voilà ,bien partie pour écrire tes mémoires! en tout cas je te garantis que la manière dont tu nous contes la vie de ta petite machine nous tiens en haleine et tu as un style
fluide et naturel... finalement l'écriture ce n'est sans doute pas toute ta vie, mais c'est quand même bien "ton truc"...


Bon.... je suis entrée en seconde en 1961 (mais bien sûr j'étais en avance, hi hi!); ma première maîtresse était Mme Jeannet, une femme délicieuse, et ma première danse... sûrement une valse avec
mon papa!!!


Continue à écrire de si jolies nouvelles Solange...