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10 octobre 2009 6 10 /10 /octobre /2009 14:43

Nuit blanche 

et pourtant demain n’est pas dimanche ...

somnifère

rien à faire 

bol de lait 

fleur d’oranger 

j’ai tout essayé

sans succès.
Trop tard.

Il est l’heure de se lever.

Je me frotte les yeux.

Il pleut.

Travail

je baille.

La nuit j’aligne les vers

sur un coin de journal.

Le matin les mots se posent de travers. 

J’ai du mal.

A minuit mon stylo glisse sur le papier

au réveil je traîne les pieds

c’est normal.

Est-ce cela la maladie du poète

De celle qui vous prend la tête ?

Rimbaud, Verlaine et tous les autres

ma poésie est loin d’égaler la vôtre

pourtant il m’arrive parfois

de toucher du doigt

ce que furent vos désarrois.

Nuit sans dormir

Je délire.


Tiens, nous voilà en février.

Ah zut ! vingt-neuf jours cette année !

Un jour de moins pour se reposer

Une nuit de plus à rêver

Toute éveillée


Je retourne me coucher.

©st.février08

 

pour lire la poésie le matou vous conseille de caresser la nuit blanche de votre souris ...

 

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7 octobre 2009 3 07 /10 /octobre /2009 16:58

journal d'une correspondante locale de presse, presse écrite, PQR, ma vie de correspondante, Charente Libre, Sud-Ouest,

Chacun a eu sa première fois, sa première dent, sa première danse, sa première maîtresse,   sa première chemise. C'est d'ailleurs cette dernière qui est la première à être mise au panier quand un jour on décide à tourner la page,  prendre le large, ou simplement faire fi d'une chose insignifiante à nos yeux . Qui n’a pas dit un jour :

« Je m’en fous comme de ma première chemise » ?
Moi, j’ai eu un jour ma première machine. La première et la dernière d’ailleurs. Je n’en ai une qu’une seule.
Curieusement, à l’heure où là voilà, pimpante à la Une de la plate-forme, je viens il y a quelques jours seulement de mettre à la poubelle la photo-souvenir de son arrivée dans ma vie. Vous savez, une de ces bêtes photos que l’on prend lors des « grandes » occasions. La photo sur laquelle vous posez debout, le sourire figé, les bras le long du corps et où,  histoire de paraître moins bête, vous vous faite accompagner d’un petit frère, d’une petite sœur, ou toute autre personne prête à faire figure … de figurant. 

Je me revois donc sur ce petit bout de papier glacé qui a traîné jusqu'à ces jours derniers au fond d'une boîte parmi les photos de mon enfance, de mon adolescence. Ma petite cousine avait accepté de poser à mes côtés, et nous étions là, toutes les deux, collées contre la table de la salle à manger sur laquelle j’avais pris soin d'installer la machine à écrire déposée le matin-même au pied du sapin de Noël, qui lui aussi trônait en arrière plan de la photo sur le buffet de la salle à manger. La photo noir et blanc, format carré comme ça se faisait à l’époque faisait bien partie du train des ramasse-poussière et autres âcries comme on dit en Charente qui vous embarrassent l’espace et l'esprit. space and spirit.

Peu importe. Il me reste encore (mais pour combien de temps) le souvenir, non pas du moment, mais de la photo. Je ne sais pas si ce souvenir restera gravé longtemps car j’ai une fâcheuse tendance à faire le tri aussi dans les tiroirs de mon cerveau qui se vide assez rapidement. D’ailleurs, la date exacte, je l’avais oubliée. J’étais incapable de retrouver l’année malgré les calculs à rebours auxquels je m'essayai vainement pendant presque un quart d'heure.
Je finis donc par chercher dans mes archives scolaires (que je n'ai pas encore eu le coeur à déblayer) et je retrouve le "livret scolaire pour l’examen du baccalauréat" qui me donne la date de mon entrée en seconde. 1972 !

Voilà ! Je vous vois bien tous et toutes à faire le calcul. 1972 en seconde … ça lui fait, ça lui fait …    Ne cherchez pas.  Mon âge on s’en fout comme de ma première chemise, évidemment.

J’ai décidé d’arrêter les pendules il y a quelques années de cela en me refusant de fêter les bêtes anniversaires. Mes proches ne sont pas tous au courant, hélas, qui s'obstinent à sonner, chaque année à la même date, l'anniversaire du débarquement.

Bon, je reprends le fil, j'espère que vous me pardonnerez mes longueurs ... si tant est que vous ayez le courage de me lire jusqu'au bout.

Donc entrée en seconde, année scolaire 1972-1973, ce qui donne l’arrivée de mon Olivêttti à Noël  1972 ! Ça fait un sacré bail quand même. Calcul rapide … cela fait effectivement : trente-sept ans ! Trente-sept  ans. Mon Olivêttti aura trente-sept années de maison à Noël prochain.

... Je savais qu’elle coûtait, cette jolie petite machine, bien des heures supplémentaires de couture à la tante qui m’élevait. Heures très matinales, puisque bien souvent c’est sur le coup des quatre heures du matin que commençait la journée de l’habile couturière. C’est d’ailleurs à ce métier de couturière que l’on me destinait et c’est de peu que j’ai échappé à l’apprentissage dès ma sortie du collège.
Mes notes, somme toute acceptables, avaient  cependant incité mes professeurs  à préférer pour moi une orientation en seconde conduisant à un bac B (économie).   Français, math et économie étaient au programme et l'on proposait en option des cours de dactylo entre midi et deux heures. Histoire d’occuper mon temps libre, de pensionnaire, histoire aussi de préparer, pourquoi pas, une éventuelle réorientation vers le secrétariat je m’inscrivis à ces cours. 

Je viens de mettre récemment à la poubelle toutes les feuilles que j’avais gardées dans un tiroir sur lesquelles on pouvait lire des lignes entières de mots alignés, des dizaines de fois répétés, histoire de nous apprendre à pianoter rapidement et sans regarder le clavier et sans doute aussi histoire de muscler nos phalanges car les touches fermes et solides des machines des années 70 demandaient littéralement à être frappées pour obtempérer. Rien à voir avec celle d’un clavier de pc sur lesquelles il suffit de pianoter allègrement.
C’est donc pour me permettre de m'entraîner à la maison que l'on m'offrit la fameuse Olivêttti.  A vrai dire l’exercice me plaisait assez même si je me voyais pas poursuivre dans la voie du  secrétariat. Puisque j’avais échappé au destin de couturière,  je caressais encore l’espoir d’autres orientations. Le journalisme et l’enseignement me plaisaient assez, mais mon année de seconde me fit prendre conscience que le journalisme, pour lequel ce bac B semblait le plus approprié, ne me convenait pas. Je n'accrochais pas suffisamment avec l'économie et la politique. Je  leur préférais, de loin,la littérature et les langues vivantes. Mes professeurs, de mon avis, m'orientèrent l'année suivante en première A (littéraire). Je ne dédaignais pas pour autant la petite machine même si celle-ci devenait plus un accessoire plus qu’un véritable outil. 

Le demi-sommeil dura quelques années.  A la sortie de terminale la réussite au concours d’institutrice me fit oublier l’option journalisme et l'entraînement dactylographique passa au quatrième ou cinquième plan.

Lorsque que quelques années plus tard, je me trouvai à enseigner en primaire, la petite machine reprit du service. Elle se révéla alors bien pratique pour préparer les exercices et les leçons destinés aux élèves. J'utilisais pour cela  des feuilles spéciales qu’il fallait passer à la machine à alcool pour tirer les exemplaires nécessaires pour une classe.

Utile aussi l'Olivêttti  pour rédiger quelques documents administratifs nécessaires à l'école. Et puis, un jour de 1981 on me proposa de collaborer aux journaux en tant que correspondante de presse. C’était à l’époque chose fréquente que de solliciter les enseignants pour cette mission.

Ce fut pour la petite Olivêtti  l’heure de la renaissance.

La plupart de mes collègues rédigeaient leurs articles à la main . Travail fastidieux à la fois pour eux, mais aussi pour les rédacteurs et les clavistes, lesquels, je suppose devaient bien des fois s’arracher les yeux pour déchiffrer.

J’appréciai à ce moment, la formation acquise pendant mon année de seconde au lycée Marguerite de Valois. Et la petite machine à n'en pas douter apprécia la reprise du service. Elle trônait à longueur de journée sur la table de la salle à manger, toujours prête à se mettre à l'ouvrage. Pendant quelque temps j'hésitai pour la remplacer par une machine électrique aux touches moins dures, plus silencieuse, plus rapide. Pourtant je ne me décidai jamais à me moderniser. Je n’avais à l’époque que ma petite commune à couvrir et l’Olivêttti suffisait largement à la tâche. Mes filles s’étaient pendant ce temps prises d’affection pour elle, et elles aimaient l'utiliser pour taper du courrier, des poèmes, des exposés.

La petite machine n’avait jamais le temps de s’ennuyer. Quand, enfin, un jour de décembre 1998, on me proposa au journal Sud-Ouest de couvrir un secteur plus important il fallut bien se décider à troquer la machine pour un ordinateur.

La petite Olivêttti retourna dans sa boîte. Elle resta encore pendant quelque temps sur un coin du bureau « au cas où … ». Elle monta l’année suivante un peu plus haut sur une étagère avec les objets moins utilisés.  Et puis, en septembre 2007 elle prit l’air, un petit peu … juste le temps … d’une photo, accompagnée de quelques vieux accessoires qui avaient accompagné mes premiers pas de correspondante : appareil photo, pellicules, boîte à développement ... tout un matériel devenu tout autant obsolète. Une photo qui se retrouva en bannière de mon blog, juste un tout petit peu plus haut, là, vous voyez ?
Aujourd’hui, la petite machine coule ses jours tranquilles dans un placard du garage.

Elle ne tape plus les articles, mais je suis sûre qu'elle a plein de choses à raconter aux  livres et aux cahiers entreposés à ses côtés. Et ces jours derniers elle n'aura sans doute pas manqué de raconter comment elle s'est retrouvée à la Une du site de Sud-Ouest, heureuse qu'elle est de ne pas avoir fini comme des milliers de ses consoeurs, sa carrière à la ferraille. Piétinée, oubliée.

Ma première dent ...oubliée et je n'en veux plus à la souris qui me l'a piquée. Ma première chemise ...vous vous en fichez tout comme moi.  Ma première danse ... oubliée. Quelqu'un ici s'en souvient ? Vraiment ? Merci  alors de vous faire connaître. 

Ma première maîtresse ... je crois que je m'en souviens encore. Et vous ? (je veux dire la vôtre de maîtresse, évidemment, pas la mienne)

Ma première machine à écrire ...vous en savez sur elle maintenant presqu'autant que moi.

si vous n'êtes pas lassé de ma prose vous pouvoir voir encore : mon dernier dactylo-papier,ou, le passage de témoin entre Olivetti et Pc, ou, la révolution dans la rédaction et la transmission des papiers-cliquer ici-

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4 octobre 2009 7 04 /10 /octobre /2009 11:35

Orval, abbaye, Jean-Claude Servais, Belgique,bière,  poèmes de Catherine, photo Solange Tellier, poème, Virton, Meuse, Val d'Or,  

Val d’Or.

Sous le soleil voilé de novembre

Tes coteaux venaient tout juste de prendre

Leurs teintes mordorées.

(extrait du recueil "Les poèmes de Catherine")logo-copygright.gif

©St2007

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23 septembre 2009 3 23 /09 /septembre /2009 22:16

orgue Mutin Cavaillé-Coll, Mérignac, église Saint-Pierre es liens,

On pourra rentrer dans l'orgue
L'orgue de l'église Saint-Pierre sera le roi des journées du patrimoine
Quelques photos que j'ai pu faire pour donner un coup de projecteur sur le monument d'exception datant de 1923 installé depuis 1980 dans la petite Saint-Pierre de Mérignac. Il est à l'honneur pour les journées du patrimoine.


 orgue-blog-1.JPGorgue blog 3orgue-blog-2.jpgorgue-blog-4.jpgorgue-blog-5.jpg
photos Droits Réservés

A partir de 14h30 visites gratuites de l'orgue toutes les demi-heures ( suivi en simultané sur grand écran depuis la nef)
17 h : concert gratuit
18 h : signature de la convention avec la Fondation du patrimoine
19 h : vin d'honneur

Extrait de l'article publié dans Sud-Ouest et Charente-Libre

... Cet instrument installé à l'origine en l'abbaye des Bénédictines de Chantelle, dans l'Allier, est arrivé à Mérignac en 1980 par la volonté de l’abbé Esseau et de l’association paroissiale. Il date de 1903 et est inscrit au registre des Inventaires. Le nom même de ses facteurs, Charles Mutin et Aristide Cavaillé-Coll, donne à cet instrument d’exception un pedigree que la commune et « l’association des Amis de l’orgue Mutin-Cavaillé-Coll » ont envie de voir considéré à sa juste valeur. Régulièrement des concerts ont lieu dans l’église Saint Pierre au profit d’une restauration qui s’avère nécessaire mais terriblement coûteuse. La signature de la convention avec la Fondation du Patrimoine permettra de réunir encore plus efficacement les fonds nécessaires à la remise en état de la soufflerie devenue insuffisante, de la tuyauterie empoussiérée, de la mécanique devenue capricieuse et de la façade en noyer attaquée par les vers. La Fondation du patrimoine est un organisme décentralisé qui favorise le mécénat populaire en faveur de projets de sauvegarde du patrimoine public ou associatif en permettant en autres de déduire les dons des impôts. C’est donc pour les orgues de Mérignac un bouffée d’espoir et un gage certain de reconnaissance pour son avenir... S.T.

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23 septembre 2009 3 23 /09 /septembre /2009 21:36

hirondelle, conte, Chauvigny, Châtellerault, Vienne, Dubois, voyage, Poitou-Charentes

Les contes de Noël ne manquent pas, pour la plupart récits de tradition populaire adaptés par les auteurs tels Perrrault, les frères Grimm et surtout Andersen avec le Petit Sapin et  la Petite fille aux allumettes . Toutefois, j'ai du mal à retrouver dans les contes de mon enfance un conte que l'on dirait "de Pâques". Manque un tantinet curieux alors que le printemps se devrait d'être une  source d'inspiration bien plus intéressante encore que l'hiver.

L'idée m'est venue dans un premier temps  d'imaginer un récit,  mais j'aurais dû y réfléchir avant pour imaginer une belle histoire qui sorte des clichés lapins-poules-cloches un peu trop enfantins. Peut-être d'ici l'an prochain une histoire aura-t-elle pris forme. En attendant je vais me contenter même si ce n'est pas dans mon habitude, de faire un copié-collé d'un auteur que je découvre via le net. Il s'agit d'A. Dubois, qui m'est totalement inconnu, il nous raconte dans un ouvrage apparemment épuisé : Le voyage d'une hirondelle. La prose est agréable et on peut trouver à l'histoire quelque allure d' un conte de Pâques. 

Le voyageur qui va de Chauvigny à Châtellerault, en suivant la belle route tracée sur la rive droite de la Vienne, aperçoit sur la rive gauche, à environ six kilomètres de la première de ces localités, un vieux clocher couvert d'ardoises, dont la pointe se montre à travers le feuillage des grands peupliers. Un peu plus loin, toujours sur la rive gauche, adossé à un coteau dominant la rivière, se dresse un vieux manoir dont le donjon et les hautes tours sont constamment entourés, pendant la belle saison, de vols nombreux d'hirondelles et de martinets. 

Le clocher marque le centre d'un bourg tranquille, caché entre des collines boisées et les rives verdoyantes de la Vienne. Là, c'est encore la vraie campagne, où l'écho n'a jamais répété les notes stridentes du sifflet d'une locomotive.

C'est entre le clocher et les tours du château, dans cet espace restreint de moins de deux kilomètres, que s'est écoulée la première partie de mon existence, période heureuse de ma vie où les insectes, l'air pur, l'eau limpide, les promenades à l'abri de l'aile maternelle, les assauts de vitesse avec mes sœurs, suffisaient à mon ambition.

J'appartiens à l'espèce dite hirondelle de cheminée, hirondelle domestique ; bien qu'on nous appelle aussi hirondelles de ville, nous nous plaisons davantage à la campagne, et la dénomination d'hirondelles rustiques est peut-être celle qui nous convient le mieux.

Mes parents avaient établi leur nid sous un hangar, appuyé contre une maison de modeste apparence, proprette et confortable, dont les habitants, bons et humains, étaient de ceux qui croient que notre présence porte bonheur: Après mon père et ma mère, ce furent ces braves gens qui me prodiguèrent les premières caresses.

Notre nid, que tout le monde connaît, diffère de celui des autres espèces d'hirondelles : Il est fait d'une maçonnerie composée de petites bouchées de vase ou de terre grasse ; ces moellons minuscules sont enduits de notre salive et agglutinés les uns aux autres.

Des poils, des tiges d'herbe, de fines racines, des brins de paille enchevêtrés contribuent à en consolider les parois ; mais, c'est surtout notre salive qui cimente les éléments dont il est composé.

Lorsque le temps est beau, lorsque la sécheresse n'est pas trop grande, huit jours suffisent pour achever notre travail, qui ne devient parfait que lorsque l'intérieur a été tapissé de tiges fines, de poils, de plumes et d'autres matériaux formant un matelas élastique sur lequel les oeufs et les petits reposent chaudement et mollement.

Nous plaçons indifféremment nos petites demeures dans l'intérieur des maisons, sous les corniches, dans les écuries, les greniers, les chambres inhabitées, les cheminées où l'on ne fait pas de feu, l'embrasure des fenêtres, et toujours dans une position telle que, bien couvertes par le haut, elles se trouvent à l'abri de la pluie et du vent.

Elles affectent la forme d'une moitié de coupe ou d'un quart de sphère ; mais nous savons, au besoin, en modifier la structure, suivant l'endroit où elles sont construites.

Le nid dans lequel je suis née était accolé contre la solive principale du hangar, à l'exposition (lu soleil levant ; il avait environ vingt-deux centimètres de diamètre et onze centimètres de profondeur ; mes quatre sœurs et moi nous y étions à l'aise, et il restait assez de place pour que nos parents vinssent nous réchauffer de leurs plumes pour nous préserver du froid de la nuit.

Aujourd'hui, l'expérience m'a appris ce que coûte à une mère le berceau de ses petits ! Je sais combien de peines et de fatigues sont réservées à la couveuse jusqu'au moment où les premiers cris des oisillons lui imposent de nouveaux devoirs.

Il faut pourvoir à la nourriture de la petite famille, et poursuivre sans relâche le gibier bourdonnant que le printemps a fait éclore : Mouches et moucherons, cousins et tipules qui dansent au-dessus des mares pour célébrer la fête du printemps ; tourniquets rapides qui fuient comme une vision en traçant à la surface des eaux tranquilles leurs cercles capricieux, papillons amis des fleurs, brillants coléoptères forment tour à tour les repas de nos petits affamés.

J'étais la plus forte de la nichée, peut-être aussi la plus turbulente, et je n'avais pas plus de huit jours quand, me faisant un piédestal de mes sœurs, malgré leurs plaintes, je me hasardai à plonger mes regards au-dessous du nid.

Je fus promptement familiarisée avec les objets qui encombraient le hangar : Des harnais suspendus à des piquets enfoncés dans la muraille, une cuve pour la lessive, quelques futailles vides, des instruments de jardinage, une charrue légère, une petite charrette qui servait pendant la semaine à transporter les récoltes, et, les jours de marché, quelquefois le dimanche, à conduire le maître, la maîtresse ou quelques-uns des enfants à la ville voisine.

Mais ce n'est pas tout : Dans un coin du hangar se trouvait un tas de bois sur lequel était souvent étendu un animal étrange, dont les yeux brillants se portaient vers notre nid avec une expression les plus singulière. Malgré mon inexpérience, je devinai un ennemi, et mes parents m'apprirent, en effet, que cet animal était un chat, dont un seul coup de griffes suffirait pour me mettre à mort. Nous promîmes, mes sœurs et moi, d'être prudentes, et de ne pas nous exposer à la dent du monstre qui faisait le gros dos, et qui, sans nous perdre du regard, affectait de prendre les attitudes les plus innocentes.

De temps en temps, l'un des fils de la maison, gros garçon de dix-huit ans, à la physionomie douce et intelligente, amenait sous le hangar un petit cheval qu'il étrillait, brossait, et attelait à la charrette, après l'avoir recouvert des harnais dont il avait le plus grand soin.

Chacune de ces visites était marquée par un supplément de nourriture: Nous ne manquions jamais de saluer par de petits cris l'arrivée de notre jeune ami, qui s'empressait de nous faire la distribution des mouches dont il s'était pourvu, et que nous acceptions de sa main sans la moindre hésitation.

Du reste, notre table était abondamment servie : Mouches, moucherons, papillons, petits coléoptères nous étaient apportés à chaque minute par nos parents, et ce régime activa notre croissance, qui fut très rapide.

Un matin, nous avions alors quinze jours, et de longs duvets sortaient au travers de nos plumes, je folâtrais au bord du nid avec une de mes sœurs : Nos gazouillements et nos ébats avaient attiré l'attention du chat, qui, sans en avoir l'air, nous regardait sournoisement en dessous, sans cesser de lisser sa fourrure au moyen de sa langue rugueuse.

Tout à coup un mouvement plus brusque nous fit perdre l'équilibre, et nos ailes, encore trop faibles, ne purent que ralentir notre chute.

Prompt comme l'éclair, le chat fut sur nous d'un bond ? ... Mais au lieu des griffes aiguës dont il me semblait déjà recevoir les atteintes, je sentis une main qui me pressait doucement et qui bientôt me déposa dans le nid, en même temps que ma sœur, comme moi plus morte que vive.

C'était notre jeune ami qu'une circonstance heureuse avait amené sous le hangar, d'où il s'empressa de chasser le chat désappointé.

De loin, notre mère avait été témoin de notre chute : Elle arriva à tire-d'aile et nous renouvela ses recommandations, que nous avions un instant oubliées. Son inquiétude et ses cris d'angoisse nous impressionnèrent plus encore que le danger que nous avions couru.

"LES VOYAGES DUNE HIRONDELLE"

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23 septembre 2009 3 23 /09 /septembre /2009 21:33

avril, farce, poisson, poème

Avril

Fil ou coton

Entame sa saison

Mettons à nos cœurs des chansons

Laissons à la rivière

Ses poissons

Mais aux farces attention

Si nous ne voulons pas aujourd’hui

En être le dindon

logo-copygright.gif©St.04-09



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23 septembre 2009 3 23 /09 /septembre /2009 21:31

journal d'une correspondante locale de presse, correspondante, presse écrite, PQR, Sud-OUest, Charente Libre, ma vie de correspondante,

Journée double vitesse, double casquette, double emploi, double vie, double vue… C’est fatiguant parfois d’être née sous le signe des gémeaux. (Elle s'appelait d'ailleurs Solange, il me semble bien, la jumelle née sous le signe des gémeaux) Il est gentil mon  collègue-directeur-d'école, il me dit parfois "Du moment que tu t'épanouis dans ce que tu fais". Tu parles, si je m'épanouis !  En essayant ce matin avant de quitter les draps, de faire mentalement mon planning de la journée je me suis demandée un instant si j'allais  tenir le coup avec toutes les casquettes que j'allais devoir enfiler avant de les retrouver (mes draps) avec, de surcroit, ce changement d’heure qui me perturbe un max. Finalement, j'ai tenu le coup, sans migraine, et j’ai encore le courage en arrivant ce soir de venir partager avec vous deux ou trois impressions de mon voyage du jour. Il faut dire que l’effusion ici de mes états d’âme de correspondante commencent à dater. Ce blog manque de fraîcheur, dirons-nous, journalistiquement parlant. Et si ce n'avait été la remarque d'un gentil collègue  du journal (ou la gentille remarque d'un collègue  du journal) qui prétend que mon blog lui sied assez, je serais à l'heure qu'il est déjà couchée. 

16h45. La cloche sonne. L’école est finie. (Je vous rassure ma période Sheila est passée depuis longtemps, et je ne porte plus ni les couettes ni la mini-jupe) . Journée assez banale, "comme un lundi" entre les homonymes, les mesures décimales, François Ier, et quelques notions about   my mother, my father, my sister et autres family’s members.  Les enfants relativement calmes, fait plutôt rarissime qui mérite d’être souligné (est-ce la nouvelle heure qui les a laissés quelque peu endormis ? ce ne sera pas le cas les jours prochains, j'en suis, par expérience, persuadée car  l'heure d'été est une hérésie pour nos enfants, mais ceci est un autre débat, et je sens qu'à force d'user de parenthèses, je  sors encore de mon sujet). Les petites têtes blondes (et les brunes aussi) s’éparpillent dans la rue. Il me faut encore recevoir quelques parents venus prendre les devoirs de leur enfant absent, où s’enquérir des progrès de leur rejeton. On discute. Je quitte l’école à 17h30. Je file en vitesse à la mairie du village qui fait partie de mon secteur géographique Sud-Ouest. Je dois m’enquérir d’informations concernant les prochains travaux et investissements de la municipalité. Je relève les infos et  file à Angoulême. Citcom à l'agence.

Rassurez-vous. Rien à voir avec « Friends » ou « Sous le soleil ». Même si, on est tous de bons copains et si dans la petite salle du journal il faisait très chaud. Le Citcom en question, né de l’ingéniosité d’un certain Monsieur Pinson est un logiciel qui permet aux agences départementales d’effectuer la cotation de nos articles à la parution. Très pratique paraît-il pour les étourneaux de correspondants qui pourraient oublier de mentionner sur leur feuille d'honoraires un article ou deux , le Citcom de monsieur Pinson n’a toutefois rien d’un corbeau même si tout bien considéré on se rend compte que notre prose, dans toute sa densité et sa fréquence sera dorénavant observée à la loupe. C’est notre référent père à nous les correspondants, qui a depuis quelque temps pris son bâton de pèlerin pour venir depuis la capitale du journal, à notre rencontre, dans chaque agence, pour expliquer le Citcom.  Il a beaucoup parlé. Nous avons tous écouté attentivement.

 Citcom mis à part,  avec la fraîcheur de l’information qui reste le leitmotiv de la maison,  ces petites réunions sont toujours pour nous tous, correspondants, l’occasion de nous retrouver, de papoter un petit peu, faire connaissance des nouveaux, nouvelles, échanger quelques points de vue, quelques astuces ou anecdotes,  une façon sympathique de ne pas se perdre de vue.

Un petit verre de jus de pomme. Trois fritelles, une olive et il faut rejoindre ses quartiers. Il est 22h. Non ? 23h, oui, l’heure a  changé. J’arrive enfin à la maison.

Je balance au porte-manteau toutes mes casquettes de la journée. (Ah ! décoiffée je suis ! Et de réaliser en jetant un coup d’œil dans le miroir de l’entrée , que je n’ai pas la coupe chic-classe de celle qui porte un seul chapeau -ou rien du tout d'ailleurs-).

Tant pis pour la coupe, tant pis pour les esprits chagrins. J’avale un morceau de pizza qui restait dans le four encore chaud tout en rédigeant ce petit billet que j’avais promis à mes collègues qui viennent de temps en temps se régaler de mes humeurs. Et de mes poèmes aussi paraît-il.

Voilà. C'est fait. Chose promise, chose due. Je n'avais pas écrit ici depuis quelques jours. Et je n'avais pas eu depuis bien longtemps l'occasion de parler de ma toute petite casquette de toute petite correspondante.  Il était grand temps que je me donne une bonne claque histoire de faire remonter un peu les clics.

Et je vais rajouter encore :  savoir qu'à côté du petit microcosme de blogueurs de la plate-forme, des collègues, des amis passent également ici et apprécient (à ce qu'ils disent) eh, bien, en toute franchise, et en toute simplicité, je vous dis "ça fait rudement plaisir". Sans orgueil aucun. Juste le petit bonheur de se dire qu'on peut faire plaisir à travers quelques mots.

Allez, cette fois, j'y vais. (dans mes draps).Demain, une autre journée. Bien remplie encore. 

 

blog sudouest 30-03-09

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23 septembre 2009 3 23 /09 /septembre /2009 21:30

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Ruiflec article cl
Charente Libre. 19 mars 2009

compléments d'info et vidéos - cliquer ici-

 

photos du tournage - cliquer ici-

comp

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23 septembre 2009 3 23 /09 /septembre /2009 21:23

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   dedicace-Servais-salon-BD--5-.jpg  dedicace-Servais-salon-BD--2-.jpg dedicace-Servais-salon-BD--1-.jpg

 

©photos Solange Tellier

Je ne suis pas ce que l'on peut appeler une chasseuse d’autographes. Preuve en est : depuis que le salon de la BD d' Angoulême existe, j'en étais aujourd'hui à ma première dédicace. Il n'est jamais tard pour bien faire.

J'ai donc découvert en cette 36ième édition ce que pouvait être ce sport permettant d'assouvir le plaisir d'obtenir, de la part d'un créateur de BD, une dédicace superbement  assortie d'une oeuvre, cadeau de l'artiste, qui restera unique. Pour cette première fois, j'avais jeté mon dévolu sur Jean-Claude Servais (que l'intéressé me pardonne l'expression !). Pas par hasard, évidemment. D'ailleurs il ne s'agissait pas d'un choix mais d'une envie bien réelle que j'avais de la rencontre.  

Une première fois. De celle qui compte, comme toutes les premières fois sans doute.  Quelque soit l'enjeu, l'émotion qui naît d'une première fois ne se reproduit jamais  les fois suivantes. Je ne sais pas si je m'essaierai à l'exercice une autre fois mais j'y mettrai de toute façon moins d'intensité.  ("Il était une fois, dans la ville de Foix "... en me relisant, je me dis que la maîtresse d'école que je suis  de temps en temps, écrirait "répétition" dans la marge ! )

Jean-Claude Servais est un auteur belge que j’ai découvert en même temps que son album « Les enfants de la citadelle ». C’était en novembre 2006. Mon envie de lire Servais a fait suite au coup de foudre  que j'ai eu pour la citadelle de Montmédy, qui était aussi une première fois, ma première citadelle très particulière. Lieu grandiose et magique qui a servi de cadre au sixième volume racontant les fantasques équipées de la délurée Violette. Son créateur m’avait précédée d’une semaine dans les lieux pour la présentation de son ouvrage. Rupture de stock sur le secteur. J’ai toutefois pu obtenir le dernier album disponible chez le libraire du coin, qui après négociation  a bien voulu me céder l'exemplaire de présentation  qui lui restait en vitrine.

Depuis j’ai rattrapé mon retard. J'ai lu les cinq Violette qui précédaient, sorties de la médiathèque de Rouillac en attendant de les acquérir. En  juillet 2007  de passage à la citadelle à l'occasion des Artistiques d'Avioth, j'ai poussé jusqu’à Florenville au Club de la  BD des  charmants époux Rogier pour acquérir la deuxième partie « Des enfants de la citadelle », le coffret et les ex-libris.

Mais de rencontre avec Jean-Claude Servais, point.

Je ratais toujours ses séances de dédicaces de quelques jours.

Pourtant au fil de ses ouvrages, j'apprenais à découvrir un auteur dont les vues sur le monde en général, hommes (enfin ... surtout femmes) et nature confondus, collaient tout à fait avec mes convictions personnelles. Artiste complet à la fois scénariste et illustrateur. Ecrivain à l'imagination florissante et au trait de crayon très sensuel . Cela me donnait vraiment l'envie de le rencontrer.

Lors de ma visite, un dimanche de décembre dernier, à Florenville pour acquérir « Le jardin des glaces » M. Rogier m’apprit que l’auteur serait présent au festival de la BD d’Angoulême.

Cette fois le rendez-vous était noté.  

Après un premier essai raté jeudi parce qu’arrivée trop tard, je réitérai vendredi et c’est in extremis que j’ai pu obtenir à midi précises le précieux sésame à la caisse de la maison Dupuis. L'avant-dernier a être distribué.

La chance me souriait. Et même beaucoup, mais je vous passerai sous silence quelques péripéties pour accéder à la Bulle des éditeurs.

J’étais venue  avec dans ma sacoche « Le jardin des glaces » que je pensais faire dédicacer mais en parcourant l'espace Dupuis, je n’ai pas pu m'empêcher de tendre le bras pour sortir du rayonnage l'album "Fanchon" et l’édition intégrale de « Lova ». C'est cette dernière qui au final se verra dotée d’un  très beau dessin au pastel.

Une fois la caisse franchie, je décide de squatter la moquette du salon de dédicaces pour être sûre de ne pas rater le rendez-vous prévu pour 14h. Bien après, un couple me rejoint. Il arrive de Namur. Anecdotique, quand on sait que la Belgique est la patrie de Servais. Motivés, car pour pallier la grève des transports ils avaient décidé au dernier moment de faire le trajet en voiture . Avec nous une petite dame venue de Niort avec sa version très ancienne d’ « Isabelle ».

Tous des passionnés de Jean-Claude Servais, et pas seulement de simples collectionneurs d'autographes.

Après que la première vague d'auteurs ait laissé sa place, la conversation s'engage  avec l'attachée de presse de la maison Dupuis, au courant depuis hier de mes tentatives. Maîtresse de cérémonie en l'occurrence, sa bonne humeur  et sa gentillesse sont comme un courant d'air frais sous cet espace surchauffé.

Quatorze heures tout juste passées. Comme l'acteur qui soulève discrètement le rideau avant de monter sur scène, Jean-Claude Servais jette  depuis "les coulisses" un oeil sur la situation. Sourires de satisfaction dans la file d'attente.  Il est le premier  auteur à prendre place à la longue table sensée recevoir six ou sept artistes.  Nous découvrons un homme naturellement affable, ouvert au dialogue et d’une très grande gentillesse.

S'ensuit un quart d’heure d'échange sympathique pendant que prend forme sous le crayon de l'artiste le visage de Lova dont la chevelure s'étale bientôt sur deux pages de l'album.  

Vraiment, ce soir je suis comblée. Mon premier bonheur de l’année ! Et pas n’importe quel bonheur je peux vous le garantir !


Petite cerise sur le gâteau, Jean-Claude Servais, sur le stand Dupuis, a accepté de signer le premier album de ma collection édité par ... Casterman (le détail pourtant de taille, m'avait échappé) sous l'oeil un brin réprobateur mais toutefois amusé et complice de la jeune attaché de presse.


Pour découvrir ce prolifique et talentueux auteur ainsi que tous ses ouvrages, je vous invite à faire un tour sur son site :  http://www.jc-servais.com/


30 janvier 2009

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23 septembre 2009 3 23 /09 /septembre /2009 21:22

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J'avais écrit ce texte suite à la tempête qui avait en quelques heures ravagé le Sud-Ouest au mois de janvier dernier.

Ma première rencontre avec les éléments déchaînés eut lieu un bel été à Capbreton. J’avais 13 ou 14 ans. L’adolescence. Un bel été s'annonçait avec l’attente de belles rencontres. La plage. Le soleil. Le camping. Tous les ingrédients pour l’ado que j’étais pour une recette de belles vacances. Le coup de foudre espéré fut pourtant autre chose qu’une banale rencontre avec un petit ado tout boutonneux.Le coup de foudre qui m'assaillit cet été-là fut vraiment un coup de force de la nature auquel jamais auparavant je n’avais été confrontée.

La trouille de ma vie ! Enfin celle de ma vie à ses débuts, car depuis j'ai eu bien d'autres trouilles. Mais voilà encore un sujet qui mériterait d'être développé. Les trouilles. Les trouilles des uns, des autres. Matière à dire, matière à discuter.

Bref. Pour aujourd'hui je développe ma trouille de cet été dont j'ai oublié l'année.

Sur la plage je regardais monter depuis l’océan un orage terrible. Subjuguée. Les gens autour de moi commençaient à lever le camp. Moi je restais, figée à admirer un orage dans toute sa splendeur. Pour une fois que je pouvais en profiter !  Ma mère effrayée par les orages me faisait toujours la guerre quand je voulais rester dehors "pour voir".

La cousine qui m'accompagnait appréciait le spectacle elle-aussi, nous n'étions pas pressées de bouger. Un front noir montait, zébré par des éclairs dont je me souviens encore de l’éclat, des éclairs qui tombaient sur l’océan que l'on voyait littéralement se soulever, au fond, vers l'horizon, sous les assauts d'un vent qu'on ne faisait encore que deviner sur la plage. Le ciel prenait les couleurs de la nuit. Un spectacle d’une beauté phénoménale dont je ne pouvais pas me détacher. Il a fallu que le vent commence à se déchaîner pour que je prenne enfin la mesure de ce qui allait nous tomber dessus et à réaliser l’ampleur de ce qui avançait.

Alors comme les autres, je saisis ma serviette de bain et tournai le dos à la plage pour rejoindre le camping de l’autre côté de la dune. J’ai encore en mémoire le bruit de l'orage maintenant au-dessus de nos têtes, la force du vent qui m’envoyait dans le dos les grains de sable qui me blessaient cruellement alors que j’escaladais la dune, les cris des gens paniqués. Il y eut aussi ces deux petites filles séparées de leurs parents que je recueillis en route pour les aider à avancer. On ne distinguait plus rien, ni personne. Nous étions à cet instant des animaux fuyant devant le danger. La panique. Et en même temps mille idées qui vous traversent l’esprit. J’étais à l’âge où l’on se fait encore des films à défaut de maîtriser tous les paramètres de ce déchaînement de la nature.

Avec du recul je sais que les adultes qui passaient autour de moi comme des ombres en criant ne maîtrisaient rien de plus. Dans ces moments-là les émotions effacent toute tentative de l’intellect à expliquer quoique ce soit.

Le passage de la dune fut très pénible, surtout très douloureux pour toutes les parties de mon corps généreusement exposées au fouet d’Eole aidé dans son travail de sape par le sable. L’avancée certes fut rapide car le vent nous poussait, nous soulevait. Tous nous avancions. Mais on ne savait même pas vers exactement vers où, vers quoi, même si nous prenions instinctivement la direction du camping. Cela s'appelle textuellement, fuir devant le danger. Je réalisais tout en me laissant porter qu’il n’était pas nécessaire d’essayer de trouver refuge sous la toile de tente.

Aussitôt la dune passée, j’entraînais avec moi les deux petites filles vers le bloc de béton des sanitaires. Seul endroit qui ressemblait à un refuge. Nous n’étions pas les seules dans l’endroit. Précaire certes, mais qui offrait tout de même un peu d’abri en contrebas de la dune alors que la tempête continuait sa route au-dessus de nous dans un fracas épouvantable. Il devait être quatre ou cinq heures de l’après-midi mais tout était plongé dans une totale obscurité.

La pluie tambourinait sur les éverites. Des sirènes de pompiers se rapprochaient. Des lumières de forte puissance sans doute alimentées par des groupes électrogènes ont soudain éclairé le camping. Dévasté. Toiles de tente arrachées. Caravanes et voitures retournées. Le bruit. Aujourd'hui je me souviens encore des bruits. Des images aussi. Tous les sens à cet instant se trouvaient exacerbés gravant à jamais dans ma mémoire ces instants intenses.

Ce jour-là, on devait être en juillet ou début août, je ne sais plus quelle année exactement, c’était pour moi l’été qui séparait mon année de cinquième et celle de ma quatrième. Cette expérience fut pour moi comme une initiation à ce que pouvait être la fin du monde. Un face à face avec les éléments. La découverte brutale des forces que la nature est capable de développer.

Je ne regrette pas d’avoir vécu cela.  J’en ai gardé, et j’en garde encore un souvenir à la fois terrible mais captivant. Cela m’a grandie encore plus dans ce respect que j’avais dans cette Nature et tout ses composants qui ne sont pas les nôtres, que nous humains, nous ne maîtriserons jamais et que nous nous devons de respecter.

Quand en  1999, en cette soirée de décembre sur le coup des 17h le vent a commencé à souffler en rafales sur la Charente, curieusement j’ai tout de suite senti ce qui allait arriver. Je n’avais en tête que ce mot « Capbreton ». J’en étais sûre. Je le sentais. Même atmosphère. Même pression.  Je suis aussitôt partie à la recherche de mes filles parties en balade dans le village. Elles n'ont tout d'abord pas très bien compris ce que je leur expliquais mais je les ai toutefois convaincues de rentrer vite à la maison. J’ai mis à l’abri tout ce qui pouvait présenter un risque autour de la maison.

Autour de moi, on a ri. On s'est moqué gentiment de ma peur et de ma précipitation. Peur j’avais oui, car je ne savais pas vraiment quelle tournure allait prendre la terrible tempête qui allait s'abattre sur nous, mais je savais pour l’avoir vécu jusqu’à quel point le vent pouvait se déchaîner. Je sentais qu’il allait se produire quelque chose de grand, de fort, qui allait nous dépasser. Alors je ne vais pas le cacher. Peur certainement. Mais ma peur je la raisonnais. Elle m’obligeait à prendre des précautions simples, élémentaires. Pour le reste je ne pense pas être particulièrement froussarde et le vent je l’aime aussi.

La tempête fut ce que l’on sait. Heureusement les êtres qui m’étaient chers étaient tous à l’abri à mes côtés,  et je savais les murs de la maison suffisamment solides pour me protéger. Je mettais plus de doute dans la stabilité du toit et surtout dans celle des baies vitrées qui derrière les volets roulants jouaient au pousse-pousse vers l’intérieur . On rit encore de moi quand je fis glisser le canapé contre celles-ci pour éviter l’explosion et encore sur le coup des 21 h quand je parlais des conséquences possibles.  J’exigeai que tout le monde reste éveillé pour parer à d’éventuels conséquences qui nous obligeraient à nous réfugier ailleurs. Je dis qu’il fallait prévoir de descendre à la cave si le toit venait qu’à prendre le large.

Le temps avançait dans un fracas épouvantable, autour de moi on réalisait enfin. Les bruits à l’extérieur ne laissaient aucun doute sur ce qui se passait. Les tôles, les tuiles qui s’envolaient. Des bruits sourds. Des bruits de chutes et de chocs. Mais là,  je n'avais plus peur. Je savais qu'il suffisait juste d'attendre. Attendre que cela passe. On ne pouvait rien faire de plus. Quoiqu'il arrive il faudrait se contenter de subir et de s'organiser au mieux pour y remédier. C'est tout. On a dû finir par se coucher sur le coup des 1h du matin. Je ne sais plus très bien. Au réveil on ne put que constater les dégâts de ce qui avait été, non pas une simple tornade mais un ouragan. Un immense ouragan qui en quelques heures avait déferlé et ravagé tout l'ouest de l'Europe. Triste spectacle. C’est vrai. Mais je n’avais pas envie d’en pleurer. La nature avait montré dans sa plus grande cruauté de quelle force elle était capable.

Les gens se sont organisés pour faire face dans l’urgence aux conséquences. Les paysages ont pris d’autres visages.

Janvier 2009. Neuf ans après. Les médias avaient suffisamment prévenu pour que chacun prenne ses dispositions.Les premières rafales sont arrivées. J’ai senti tout de suite que la Charente serait relativement épargnée. Je ne saurais pas expliquer pourquoi j'ai eu ce sentiment. Peut-être depuis ce mois de juillet de mon adolescence le vent s'était-il inscrit en moi ? 

L’Aquitaine a été fort touchée. Et les conséquences de ce nouvel ouragan ne seront pas que temporaires. Il faudra des années pour que les cicatrices s’effacent. La nature en a décidé ainsi. Nous sommes peu de choses nous les humains sur cette petite planète bleue. Il nous reste nos impressions et nos instincts de survie pour continuer à naviguer sur ce vaisseau. Car les premiers touchés, le premier exposé, ce n’est pas nous, mais lui. Elle, la terre indissociable des éléments qui depuis la nuit des temps l’ont modelée pour donner l’opportunité au genre humain d’y passer.

Je ne suis ni peureuse, ni fataliste et je compatis avec les gens qui sont aujourd'hui dans le désarroi.Mais je ne peux m'empêcher de penser que des événements comme ceux-ci ramènent l'humain dans la dimension qu'est la sienne.
Il serait bon que beaucoup de ces humains, de ceux qui croient pouvoir tout maîtriser en prennent conscience. Et vite. Avant que d'autres tempêtes encore plus cruelles fassent de notre vaisseau, un vaisseau fantôme.

 

blog sudouest 27-01-09

 

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